Étiquette : <span>Gravure sur bois</span>

La lettre

Lettre 12, A la recherche de l’illustration perdue…

Lettre 12

Ebauchée à bord de l’Armorique, Manche Est, le 20 janvier 2019, quart de 2h30 à 7h30,

continuée à la Chaffuste le 25 janvier 2019,

terminée à bord le 6 février, avant de prendre le quart de minuit à quatre.

Bonjour à toutes et tous,

La lune baigne, au travers des nuages, la nuit d’une clarté grise. Quelques feux de navires constellent la mer au loin. Sous peu, les lumières de la côte normande barreront l’horizon devant nous &, sur bâbord, le faisceau du phare d’Antifer balaye la passerelle de son éclat régulier.

Je prends le temps de coucher sur le papier quelques anecdotes que j’avais envie de partager.

A la recherche de l’illustration perdue… Où il est question de vieux papiers et de bibliothèque ancienne.

Marthe Le Clech : est-il encore besoin de présenter cette historienne ? En tous cas pas à quiconque s’est intéressé de près ou de loin à l’histoire locale de la Baie de Morlaix. Ses nombreux travaux et ouvrages sur les aspects tant patrimoniaux qu’économiques ou sociaux sont autant de bases indispensables. Le volume qui a guidé ma dernière session de recherche est celui sur l’imprimerie à Morlaix, en particulier le chapitre consacré à l’imprimerie Boclé.

Je recherchais une illustration des réseaux de résistance de la Baie que Marthe Le Clech avait dégotée et restaurée afin d’illustrer la couverture d’un de ses ouvrages. Elle ne se souvenait malheureusement pas d’où provenait l’originale. Fort de la lecture de son livre sur l’imprimerie à Morlaix et sachant que Kerga et Boclé avait travaillé ensemble avant guerre, j’avais l’intuition que je pourrais retrouver mon dessin dans l’un des journaux publiés par cette bonne maison dans l’immédiat après guerre – Morlaix Patriote, l’Echo de Morlaix

Je me rendis donc à la bibliothèque des Amours Jaunes, bibliothèque patrimoniale de la ville de Morlaix. Je l’avais déjà fréquentée de nombreuses heures, alors adolescent et lycéen à Morlaix, ne cherchant rien de spécial, juste pour le plaisir de fureter dans les magnifiques et grands volumes reliés, découvrant déjà à quel point mes racines plongeaient dans le terreau de ces deux vallées qui s’ouvrent sur la mer.

Puis, étudiant marseillais, de manière plus méthodique alors que je rédigeais mon mémoire de fin d’étude – L’évolution du port de Morlaix des origines à nos jours.

Les meubles n’ont pas changé, mais la fréquentation, si : à l’époque de mes premières venues, elle était encore la bibliothèque du quotidien, ouverte presque tous les jours aux lecteurs de tous âges. Depuis, une belle médiathèque moderne a été aménagée à deux pas et la salle aux boiseries anciennes, sise dans l’enceinte de la mairie, est devenue bibliothèque patrimoniale. Ouverte à tous, tous les jeudis, elle est désormais fréquentée uniquement par les historiens et les amoureux de livres anciens.

Ce n’est donc pas complètement par hasard que j’y ai croisé Corinne Le Noan, épouse d’un ancien chef mécanicien de la BAI avec qui j’avais navigué sur le Pont-Aven. Elle effectue un important travail sur le théâtre à Morlaix au 19e et elle partagera mon enthousiasme au fil des découvertes de l’après midi.

Trouvé ! Je tiens ma gravure, elle est l’unique illustration de tous les numéros de l’écho de Morlaix[1]conservés à la bibliothèque. Papier et encre sont des denrées rares en 1945 et on privilégie le texte à l’image. Mais, lorsqu’il s’agit de rendre hommage à l’action de De Gaulle et aux réseaux de résistance de la Baie, il est bon de contrevenir. Puissante gravure sur bois : tout y est, la croix de Lorraine qui resplendit tel un soleil d’été au levant, les bateaux des marins qui ont mis leur vie en danger pour naviguer vers la Grande-Bretagne ou pour transmettre des colis aux Alliés. Sous voile, à la rame, dans une mer agitée, ils croisent entre les roches de Saint-Carantec et l’île Callot, sous la protection de la chapelle dédiée à Notre Dame, qui veille sur les marins de tous les temps.

Après l’Appel, bois de Kerga, tous droits réservés

Puis, cette mission accomplie, je m’attelle à la première de trois boîtes contenant « La Tribune de Morlaix », éditeur : Boclé, parution de 1934 à 1937. J’espère y trouver du matériel concernant Kerga… et j’en trouverai ! Tout d’abord sous la forme d’un article intitulé « une louable initiative ». Je survole rapidement les pages de ces journaux de grand format et cet entrefilet attire mon attention : il est question d’avions… Un riche et talentueux entrepreneur a décidé d’innover en faisant de la réclame au moyen d’un avion qui, nous apprend le journaliste, « est une Mooth-Gypsy de 85 C.V. ayant appartenu à la regrettée aviatrice Hélène Boucher et décoré par l’artiste peintre Kerga. » En lisant ces lignes je saute de joie, presque aussi haut que volaient les aéroplanes des années 1930 !

Tout le monde connaît ma passion pour le ballon rond, je me suis donc plongé avec avidité dans l’actualité du fameux derby de janvier 1937 : Stade Léonard versus les Gâs de Morlaix. Une double page consacrée à l’évènement avec :

– annonce des chemins de fer de l’État de l’affrètement de trains supplémentaires sur la ligne St-Pol-Morlaix ;

– conseils aux supporters des équipes de rester fair-play quel que soit le résultat : il s’agit de sport tout de même…

– et avec un portrait du gardien de foot et chef d’équipe du Stade Léonard, Yves Laot, dessiné par Kerga : fructueux après-midi !

Yves Laot, dessin de Kerga, tous droits réservés

Cette dernière information corrobore ce que m’avait conté Loïc Thubert sur l’amitié qui liait Kerga et les membres du Stade Léonard avec qui il partageait banquets et troisièmes mi-temps…

Je vous souhaite une bonne journée,

Etienne

[1] Hebdomadaire de la Résistance et de l’Amitié Française. Numéro du 21 juillet 1945.